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COMPRENDRE LES ENJEUX

C'est quoi, l'antimilitarisme ?

L’antimilitarisme s’oppose au militarisme, une idéologie politique qui prône la primauté de la force militaire dans les relations interétatiques et dans l’organisation intraétatique. L’antimilitarisme ne peut pas tout à fait être confondu avec le pacifisme, courant de pensée qui préconise la recherche de la paix internationale par la négociation, le désarmement, la non-violence.

J’ai entendu dire que l’armée était un secteur qui crée beaucoup d’emplois. C’est vrai ?

En fait, différents chercheurs et chercheuses, comme l’économiste Claude Serfati, ont montré que « Les fonds investis par l’État dans ce secteur seraient beaucoup plus générateurs d’emploi et d’innovation s’ils étaient dépensés dans d’autres industries. ». La France fait le choix politique d’investir dans ce secteur, plutôt que dans d’autres qui seraient pourtant davantage créateurs d’emplois… et pas autant concentrés entre les mains des hommes. 

Source : Claude Serfati, Le militaire: une histoire française

C’est un sujet humaniste, mais en quoi est-ce un sujet féministe ?

D’après l’ONU, les femmes et les enfants représentent aujourd’hui 90% des victimes des guerres. Les guerres ont d’autres types de conséquences sur les femmes et les filles. Elles subissent des violences sexuelles, y compris la traite sexuelle. Elles sont également davantage victimes de violences intrafamiliales en temps de guerre. Les tâches domestiques, qui leur incombent généralement, sont évidemment plus difficiles à accomplir. Imaginez faire les courses ou aller chercher de l’eau au puits sous les bombes ou alors que les infrastructures sont détruites. Il faut également relever que leurs droits fondamentaux diminuent en période de guerre, de même que les budgets nationaux qui leur “profitent” généralement le plus. Les conflits impactent aussi de manière spécifique les personnes trans et non-binaires.

La France est-elle un pays militariste ?

Oui, nos dirigeants font primer la force militaire dans l’organisation de l’Etat. Saviez-vous par exemple que pour l’année 2021, le budget des armées s’élève à 634 milliards d’euros soit 11% du budget total de l’Etat ?  C’est le troisième budget de l’Etat juste derrière l’Économie et l’Education (12%). C’est loin devant la Transition écologique (7%), la Santé (2,4%) ou la Justice (2%) (Source : https://www.budget.gouv.fr/budget-etat/ministere)
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l faut dire aussi que notre constitution fait du président de la République le chef des armées. N’oublions pas que la Ve République a été pensée par et pour le général de Gaulle, qui s’est réservé certains pouvoirs…et les a transmis à ses successeurs.

La France vend des armes, mais c’est encadré non ?

La France a signé et ratifié le traité international sur le commerce des armes (TCA) mais cela ne signifie pas qu’elle respecte ses engagements. Alors qu’il lui est interdit d’exporter des armes dès lors qu’il existe un risque qu’elles soient employées contre les civil.es, la France compte parmi ses premiers clients l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, deux pays impliqués dans la guerre du Yémen, que l’ONU qualifie de “plus grande crise humanitaire contemporaine”.

Le 18 Novembre 2020 les député.es Jacques Maire et Michèle Tabarot ont rendu un rapport d’information plaidant pour davantage de contrôle sur le marché de l’armement français. Mais L’ONG Disclose a eu accès à un document confidentiel rédigé par le Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN), un service directement rattaché au Premier ministre dans lequel il est notamment écrit : “Il convient de confirmer avec les principaux responsables de l’[Assemblée nationale] » qu’ils s’opposeront à la création d’une délégation parlementaire [sur le contrôle des ventes d’armes par la France]”. Une preuve indéniable du manque de contrôle parlementaire sur cette question et du refus du gouvernement de toute transparence.

Source : https://www.mediapart.fr/journal/france/071220/ventes-d-armes-l-executif-declare-secretement-la-guerre-au-parlement

Des universitaires ont étudié ce lien entre féminisme et antimilitarisme ?

Bien sûr. Parmi elles, on peut notamment citer :
Andrée Michel, qui a notamment théorisé le manque de considération et d’implication des femmes dans la définition de ce qu’est la sécurité.
Cynthia Cockburn, qui a abordé la guerre comme phénomène social basé sur des conceptions adaptées à la guerre de masculinité et féminité
Françoise Thébaud, qui s’est penchée sur la propagande nataliste et les injonctions qui pèsent sur les femmes dans l’entre deux guerres au nom du “devoir patriotique”.
Pinar Selek, qui a travaillé sur la construction des masculinités pendant le service militaire
Jules Falquet, qui compare les violences contre les femmes à des guerres de basse intensité (c’est-à-dire à l’utilisation de la torture en temps de guerre).
Elsa Eisenstein, qui a documenté le viol non pas comme effet de la guerre mais comme arme de guerre.
Judith Ann Tickner, qui a étudié le choix par les hommes au pouvoir d’investir dans l’armée plutôt que dans ce qui servirait les femmes.
Laura Elizabeth Sjoberg, qui a travaillé sur l’Irak et les impacts des guerres sur les personnes queer et trans.

Cynthia Cockburn et Andrée Michel ont particulièrement insisté sur le fait que nous ne sommes pas toutes égales face à la guerre. Elles ont pris pour exemple la gestion par les administrations française et américaine de bordels militaires “employant” des locales, souvent jeunes, précaires, dans les pays “d’intervention”.